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JPC, de son vrai nom Jean-Philippe Cugnet – mais que nous sommes désormais intimement autorisés à nommer JP – a croisé mon chemin au détour d’une soirée estivale, en juillet 2016. Un grand garçon souriant, un peu dans son monde, l’appareil photo jamais bien loin. A seulement 22 ans, ce frenchie originaire de Caen est en effet un passionné de photographie argentique et a banni depuis quelques années le numérique. A la rédac son travail nous laisse sans voix. Nous avons souhaité en savoir un peu plus sur cet artiste plutôt anticonformiste et lui avons posé quelques questions.

Comme on est sympa, on partage.

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Salut Jean-Philippe ! On peut t’appeler JP ?

Oui, tout ceux qui me connaissent m’appellent comme ça.

Très bien, JP. Et si tu nous parlais un peu de toi ?

Je m’appelle Jean-Philippe Cugnet, alias JPC. J’ai aussi un pseudonyme, ejpcmac (prononcé /ɛʒpesemak/), qui a traversé les années et que j’utilise notamment sur Instagram. J’ai 22 ans et je vis actuellement à Caen, en Normandie. À côté de la photographie, je suis aussi étudiant en Sécurité Informatique.

En Sécurité Informatique ? Ça semble bien loin de ton univers artistique !

C’est une autre passion, mon côté scientifique et technique est aussi développé que mon côté artistique. Un peu comme si les deux hémisphères de mon cerveau — émotionnel et logique — étaient en harmonie.

La photo, tu es tombé dedans quand tu étais petit ?

On peut dire ça : petit, j’avais un appareil photo en plastique rouge et jaune qui faisait beaucoup de bruit quand on avançait la pellicule avec la molette. Quand nous partions en vacances, je voyais aussi mon père faire des diapos avec son Canon FTb. En cinquième, mes parents m’ont offert un petit compact numérique. Si je regarde des photos que j’ai faites à cette époque, ça ne ressemble pas à grand chose. Ce qui est sûr par contre, c’est que j’aimais ça, et que petit à petit j’en suis arrivé à faire de meilleures photographies.

On veut bien te croire. Comment qualifierais-tu ton style aujourd’hui ?

J’aimerais le qualifier de personnel, mais quel style n’est pas personnel ? Et en même temps, on peut sans doute trouver des ressemblances avec d’autres photographes. J’essaie d’aller à la simplicité quand je photographie, c’est tout ce que je peux dire.

Un style nait toujours d’un mélange d’inspirations. Quelles sont les tiennes, à la fois musicales, photographiques, filmiques.. ou autres ?

Vaste sujet, surtout en ce qui concerne la musique. Là je suis en train de rédiger mes réponses à tes questions en écoutant le dernier live de Jacques, et c’est un peu en train de me satelliser. J’écoute des choses assez variées. Tant que c’est travaillé et que ça induit un voyage émotionnel, y’a moyen que ça me plaise. En ce qui concerne la musique électronique, plus c’est progressif et plus j’ai tendance à apprécier. Bon allez, s’il faut citer trois albums, je dirais Wish You Where Here de Pink Floyd, This Is All Yours d’Alt-J, et Psychic, de Darkside. Ah, et puis un quatrième parce que je lui dois bien : Deep Forest. Il m’arrive de sortir faire des photos avec de la musique dans les oreilles, mais j’aime bien aussi écouter le non-silence du monde qui m’entoure.

Photographiquement parlant, je suis avec attention le travail de quelques photographes, dont Benoît Paillé, Raúl Pérez et Simon Gabriel. Je suis aussi d’autres photographes qui font plus du portrait comme Sandy Phimester, Jan Sholz ou Christoph Zoubek.

Au niveau des films, je ne pense pas particulièrement avoir d’inspirations, j’apprécie surtout quand l’image est belle. Ma dernière grosse claque filmique, c’était The Hateful Eight de Quantin Tarantino, que j’ai eu la chance de voir en 70mm : c’était magnifique.

Quand à d’autres sources d’inspiration, je dirais simplement le monde qui m’entoure. Il y a tellement de choses à voir si on fait l’effort de vraiment le regarder. Tiens par exemple, imagine un quartier pavillonnaire avec des rues un peu courbes et des haies d’ifs bien taillées par un temps très gris. Tu vois le ciel très sombre et les haies d’ifs qui contrastent. Maintenant imagine un rayon de Soleil : la couleur verte devient plus intense. Enfin devrais-je dire *les* couleurs vertes : tu remarques alors qu’il y a de subtiles nuances et tu peux passer un temps fou à admirer les détails de cette haie, alors que pourtant ce sont juste des ifs. Bref, j’ai en tête un endroit où il faut que j’amène un appareil photo.

Justement, ce monde qui t’entoure, tu le captures comment ? J’ai cru comprendre que tu faisais beaucoup d’argentique…

Oui en effet, je fais beaucoup d’argentique. Exclusivement même, puisque je ne fais plus de numérique depuis 2012.

Je fais de la photo en petit et moyen format — et peut être un jour en grand format. Du coup j’ai plusieurs appareils photos, différents les uns des autres. En petit format — qui en argentique correspond au « plein format » numérique, le 24×36 — j’utilise deux Canon FTb, même si ça fait quelques temps que je n’ai pas eu besoin d’en charger deux à la fois. En moyen format, j’ai un Rolleiflex T qui date de la fin des années 1950 pour le format carré, un Mamiya RB67 pour le 6×7, et un Fuji GW690II pour le 6×9. C’est avec ce dernier que je travaille majoritairement ces derniers temps. Il a l’avantage d’être assez ergonomique et de produire des négatifs avec une définition incroyable. Tous ont la particularité d’être entièrement mécaniques et fonctionnent donc sans piles ou batteries.

On s’est déjà rencontrés, tu me disais alors ne presque jamais retravailler tes photos. Quelle place a la post-production (et notre ami Photoshop) dans ton travail ?

Je n’utilise jamais Photoshop. J’utilise Lightroom, essentiellement pour trier mes photos, sans les retoucher. Il m’arrive parfois de faire un petit ajustement de luminosité sur les scans qui arrivent du labo, mais c’est anecdotique.

Sur ton site web et ta page Facebook, on trouve aussi bien des portraits que des paysages. Une préférence ?

Pas vraiment, ça correspond à des moments de vie différents. Quand je me balade seul j’ai tendance à aller chercher des détails auxquels personne ne prête attention normalement. Quand je suis dans un magnifique endroit, je fais du paysage. Et si je suis avec des gens du portrait. Quand je prends des gens en photo, c’est en grande majorité spontané, sur le moment. De temps en temps je prévois de faire du portrait, mais je trouve que ce n’est pas évident ni très naturel de prévoir les choses.

Et si tu ne devais choisir qu’un seul de tes clichés lequel serait-il ?

Ce serait très certainement « Dans les bois ». Il y a quelque chose de presque psychédélique avec cette photo, de l’idée de recherche que j’avais ce jour là au rendu final. Lorsque je l’ai prise, j’étais en promenade familiale un dimanche après midi, fin juillet 2014. J’avais avec moi mon Mamiya RB67 sur lequel était monté un 50mm, ce qui correspond à un ultra grand angle. J’avais décidé de chercher à photographier des détails de près. J’ai alors trouvé le tronc d’un arbre, entouré de végétation, que j’ai pris en photo. Pendant ce temps, ceux qui m’accompagnaient m’attendaient un peu plus loin. Quand je les ai rejoints, ils sortaient d’une petite clairière où il y avait cet arbre tordu. Je me suis alors dit qu’il y avait certainement quelque-chose à en faire avec mon grand angle. J’ai alors ouvert le viseur et cadré. En mesurant la lumière je me suis aperçu qu’il faisait normalement trop sombre pour faire la photo, mais tant pis : j’avais sous les yeux quelque chose de beaucoup trop intéressant pour m’arrêter là. J’ai réglé le diaphragme à son ouverture maximale, f/4.5, et j’ai déclenché au 1/30s. Le poids de l’appareil amortissant la vibration du volumineux miroir 7x7cm, la photo est finalement suffisamment nette pour être exploitable, bien que sous-exposée.

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« Dans les bois », 2014.

La faible profondeur de champs — au départ contrainte techniquement par le manque de lumière — s’est finalement avérée très intéressante : couplée au grand angle, elle donne une impression qui se rapproche de celle de la vision humaine quand on regarde un endroit précis. Elle détache le tronc d’arbre de l’arrière-plan. Si tu ajoutes à ça tous les détails du feuillage, le regard a de quoi se perdre un peu.

C’est aussi la première photo que j’ai faite tirer en 60×73cm, par un artisan-tireur traditionnel — c’est à dire à l’agrandisseur sur du papier photo argentique. C’est toujours quelque-chose de voir son travail en grand.

Quels sont tes projets en termes de photographie ? Des rêves inavoués…?

En ce moment je n’ai pas tellement le temps de me projeter sérieusement en ce qui concerne la photographie, je suis assez chargé au niveau universitaire. Quand j’aurai un peu plus de temps je commencerai peut-être à envisager une exposition si j’ ai le budget et un lieu pour exposer. J’aimerais aussi faire plus de portrait, comme je le dis deux à trois fois par an depuis un certain temps déjà. J’ai l’impression que pour progresser en portrait, j’aurais besoin d’une muse avec qui je pourrais travailler très régulièrement et sans prise de tête.

Une muse, à bon entendeur donc ! En tout cas, merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions. On te souhaite de la réussite dans tous tes projets et on te laisse le mot de la fin !

Merci à toi de m’avoir proposé cette entrevue ! Paix et amour.  Ah, et Nature aussi, n’oublions pas les arbres !

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