Interview . Alistair Wheeler

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Il y a deux ans j’ai rencontré un mec qui me disait faire de l’iphonography. Sur le coup ça m’a bien fait marrer. Et puis dans le doute, j’ai commencé à suivre son travail. Derrière le mot un peu clinquant qui fleure bon le marketing à la Apple, j’ai surtout trouvé un photographe qui veux surprendre et se remettre en question en permanence, toujours et coûte que coûte. Et le pire, c’est qu’il y arrive.

Aujourd’hui il a accepté de répondre aux questions d’YRC, je vous laisse découvrir Alistair Wheeler.

Alistair Wheeler - Toit

Salut Alistair, tu peux te présenter rapidement, nous dire d’où tu viens et ce qui t’a amené à faire ce que tu fais aujourd’hui ?

Alistair wheeler, né à Londres, 22 ans. Je suis étudiant en apprentissage, je fais de l’informatique, donc rien à voir avec la photo, je bosse chez Thalès, un grand nom de l’industrie de l’armement. Mais comment dire…. c’est pour le diplôme. Je compte pas devenir ingénieur en informatique, j’aimerais pouvoir vivre de ma photo, enfin, vivre bien de mes photos. La formation c’est plus une roue de secours, c’est un truc qui m’intéresse mais c’est pas non plus ma passion.

La photo ça fait 3 ans que j’en fais. J’ai toujours eu un appareil photo, j’ai toujours fait de la photo, mais ça fait 3 ans que j’en fais de manière réfléchie. En fait, c’est en rejoignant Instagram que je me suis rendu compte qu’on pouvait faire plus avec la photo, qu’il y avait tout un univers au délà de la photo : la post-production ce qui est intéressant mais que je ne connaissais pas du tout. Au début je faisais que des photos sur mon iphone; j’avais fait une conférence chez Apple sur les photos iphone, comment bien les prendre, comment bien les traiter, ils appelaient ça l’iphonography. Ca marchait bien, c’était à la mode.

Aujourd’hui je ne prends plus du tout de photo avec mon iphone. Je suis uniquement sur mon reflex. Mais ouais c’est le côté post-production que je ne connaissais pas qui était cool et qui m’a vraiment poussé à suivre les mecs sur Instagram. Après, ça m’a inspiré à faire d’autres choses, à sortir de chez moi, repousser les limites de ma créativité. Mais en 3 ans j’ai beaucoup évolué, depuis j’ai commencé à bosser avec des marques.

Alistair Wheeler - Metro derrière une grille

On voit sur tes photos que tu fais pas mal d’urbex, est-ce que les deux pratiques sont liées ?

Ouais, c’est venu en même temps que la photo. En fait quand t’habites à Paris, c’est facile de tomber dans les clichés (le pont des arts, les mariages, le Louvre…), et tu t’enfermes facilement là-dedans et y’a beaucoup de gens qui ont décidé de prendre cette voie là, certains le font très bien mais moi ça me saoûlait un peu. Je trouvais qu’on voyait pas assez le vrai Paris. Le vrai Paris dans un 1er temps j’ai réussi à le montrer comme je voulais en retouchant les photos pour qu’elles retranscrivent la scène comme je voyais les choses, c’est-à-dire avec des couleurs très désaturées, très sobres mais j’étais quand même dans le Paris cliché, alors j’ai commencé à chercher des rues vides. Mais le style Haussmanien c’est quand même hyper répétitif et tu le retrouves partout. Je me suis un peu enfermé dans cet espèce de photo symétrique. Je trouvais ça agréable à l’oeil mais ça ne racontait pas vraiment une histoire et c’est pour ça que je me suis interessé à l’urbex (même si j’aime pas trop le terme, urbex ça veut dire exploration urbaine, si tu te balade dans la rue, tu fais de l’urbex), l’idée c’était encore de ne pas rester dans le Paris cliché et montrer quelque chose de différent.

C’est comme ça que j’ai commencé à monter sur les toits, descendre dans le métro. À l’époque, y’avait déjà du monde qui descendait dans le métro mais personne ne prenait de photos à part les grapheurs qui shootaient ce qu’ils faisaient. Mais personne ne s’intéressait à l’architecture, la structure du métro. Du coup je suis allé me balader dans les stations abandonnées, dans les tunnels. C’était fantastique parce que t’as l’impression que le lieu t’appartient – tu descends, il n’y a personne, pas de train, tu sais que t’es sous Paris.  

Je le fais plus trop maintenant parce que c’est un peu devenu à la mode, y’a plein de jeunes qui descendent dans le métro sans trop savoir ce qu’ils font et qui prennent en photos les mêmes spots que j’ai pu faire avec d’autres gars – ce qui, en soit n’est pas un problème – mais quand tu commences à voir 15, 20 fois la même photo, ça te dégoute, du coup t’y vas plus. Et puis le métro c’est comme la rue, au final peu importe où tu vas, ça se ressemble beaucoup. Un tunnel c’est un tunnel.

Et puis les toits, c’est super cool mais à Paris c’est hyper compliqué. A New-york, au Japon, à Hong-Kong, tu prends l’escalier de secours t’arrives sur le toit, Mais les toits Parisiens, il faut passer par les trappes dans les cages d’escalier, faut pouvoir entrer dans la cage d’escalier, tu te fais chopper par la gardienne qui te gueule dessus et qui te menace d’appeler les flics. Mais ouais, ça avait été beaucoup photographié avant moi, mais pas sur Instagram.

Je me souviens de la première fois où on s’est rencontré, tu m’as expliqué faire de l’iphonographie, c’est toujours d’actualité ?

Non j’en fais plus, T’as juste pas la même liberté qu’avec un appareil, t’as pas la même qualité de contrôle. Une fois j’ai eu une discussion avec mon coiffeur, il me disait que la photo iPhone c’était de l’imagerie; ça m’avait vexé. Il me disait que tu ne contrôles rien sur un iphone, t’as juste la composition à gérer – même si c’est super important, si tu ne sais pas composer, ta photo ne vaut rien. T’as beau avoir la meilleur retouche, si ta photo n’a aucun sens et qu’elle n’est pas attirante pour l’oeil, ça restera une mauvaise photo.

Bref, ça m’avait vexé, d’autant plus que j’étais allé voir son travail à lui et je me suis dit c’est qui ce mec qui juge l’iphonographie alors que son travail…

Mais en fait plus j’avance et plus je me rends compte que tous les réglages que tu fais dans l’appareil, c’est un gros travail en amont de la retouche qui va suivre. C’est-à-dire que si ta photo est à chier dans ton appareil, tu vas pouvoir essayer de la sauver en post-production mais elle ne sera jamais aussi bonne que si tu l’avais bien faite dès le début.

Donc il avait raison ?

Ouais, c’est juste qu’il avait mal présenté son point de vue. Mais ouais j’ai arrêté l’iphone au final, parce qu’en basse lumière c’est pas top et j’aime bien faire des photos de nuit. Avec l’iphone il faut forcément qu’il fasse beau et qu’il y ait de la lumière.

Alistair Wheeler - Metro passing by

Comment tu travailles d’habitude, tu peux nous décrire ton process ?

Aujourd’hui mon process est un peu HS parce que je ne suis plus inspiré par Paris et j’ai qu’une envie c’est de me casser. La seule chose qui me retient ici c’est mes études. Une fois qu’il n’y aura plus ce facteur, j’pense que je vais partir.

Sinon quand j’ai l’inspi, soit je bosse pour une marque donc là je suis forcé par une contrainte, une deadline par exemple mais j’aime bien quand même ce type de travail. Soit y’a un spot que j’ai repéré et je vais allé le voir et essayer de le shooter. Soit je me balade et je shoot.

Je sais pas, en fait j’ai pas vraiment de process, j’essaye de me balader le plus souvent possible avec mon appareil mais c’est toujours une décision un peu chiante à prendre. Parfois je reviens de balade sans mon appareil, et le lendemain je culpabilise de pas avoir pris de photos la veille mais en même temps je sais que je vais devoir me trimballer mon appareil photo de 3,4 kilos… Mais ça c’est vraiment parce que Paris m’inspire plus.

Si tu allais ailleurs ça irait mieux ou à terme ça ferait le même effet ?

Ça c’est une bonne question, je pense que j’ai besoin de bouger de Paris, la ville ne me plait plus, même humainement ça m’attire plus vraiment mais bon ça c’est un autre débat. Mais je pense que où que tu ailles, à un moment t’arrives à un point de saturation, peut être qu’il y certaines villes où ça arrive plus rapidement que d’autres. Si je vais dans un endroit qui me dépayse vraiment, là je mettrais plus de temps avant de saturer; au Japon je shootais sans cesse par exemple.

Alistair Wheeler - Japonais sous les potences

Tu publies beaucoup, notamment sur Instagram, j’imagine que tu dois avoir des milliers de photos que tu ne garderas pas, comment tu les choisies, qu’est-ce-qui fait que tu te dis “Celle-là, elle est bonne” ?

Ça c’est vraiment au feeling. Je sais que sur toutes celles que je prends y’en a beaucoup de mauvaises mais il y en a quelques-unes que je trouve bonnes. Après je sais pas, pour moi la bonne photo c’est celle qui va se rapprocher le plus de ce que j’ai vraiment vu. Tu vois sur un portrait, si je prends 3 photos du même mec, pourquoi vais-je en choisir une plutôt que l’autre ? Ça va être parce que la lumière, le cadrage, l’angle me permettent de me projeter à nouveau dans la scène. Tout est une histoire de ressenti.

Clairement y’a des photos qui sont postées sur Instagram et qui font parties des photos que je préfère mais qui ne sont pas du tout bien reçues parce que c’est mon univers et ça ne plait pas forcément à mes followers, même si à la limite je m’en fou parce que je pars du principe que si tu fais moins de like que d’habitude, c’est que t’es dans la bonne voie. Parce que de un ça veut dire que tu as pris un risque, et deux, tu leur as montré quelque chose de nouveau. Tu sais les gens ils n’aiment pas trop le changement. Si je poste que des photos de Tour Eiffel, les mecs ça va leur plaire, ils vont tagguer leurs amis etc. Par contre si demain je poste un portrait d’un chef japonnais dans un marché c’est totalement différent d’une Tour Eiffel et clairement ça va moins plaire à ma base. Même si à moi, ça me plait beaucoup plus.

C’est pareil partout et dans tous les milieux artistiques aussi, dans la musique par exemple. Tu prends un mec comme Kendrick Lamar qui a sorti son premier album qui a vraiment bien marché dans lequel y’avait que des sons commerciaux quasiment et qui en sort un deuxième qui est hyper spécial, où tu sens vraiment que le mec a fait ce qu’il voulait faire, forcément ça plait moins. Mais ceux qui ont une sensibilité musicale vont aimer et tous ceux qui écoutaient “Swimming pool” et qui vont écouter le nouvel album, ils ne vont pas comprendre. Je trouve qu’en photo c’est pareil.

Le risque c’est toujours de s’enfermer dans une zone de confort et de s’enfermer là dedans. Tu vois y’a des mecs qui, quand ils voyagent font des photos incroyables. Mais dès qu’ils reviennent à Paris, ils se remettent dans leur zone de confort et ils font des photos de 4L, de Tour Eiffel à travers les gouttes d’une vitre etc.

Alistair Wheeler - Bottom of the pit

D’où l’importance de bouger de Paris ?

Bien sûr, parce que quand t’arrives dans un pays autre, t’apportes forcémment quelque chose de nouveau, tu vas prendre en photo des choses que les locaux ne shooteraient pas parce que tu abordes ça avec ton oeil étranger. Demain si je voyage je vais prendre un portrait d’un mec dans la rue parce qu’il m’évoque quelque chose, parce que c’est nouveau alors que pour un photographe local, si ça se trouve le même mec, pour lui c’est un mec hyper lambda.

Alistair Wheeler - Bottom of the pit

Dans tes photos, on voit clairement que la ville est importante à tes yeux, mais on trouve pas mal de photos de nature, de paysage, de grands espaces. C’est aussi un thème qui t’attire pour des raisons complémentaires ou est-ce que pour toi explorer la ville et explorer la nature c’est la même chose ?

Ouais y’a toujours le côté exploration dans le sens où rien n’est planifié. Par exemple on est allé en Suisses y’a pas longtemps, on est parti à trois on savait juste qu’on allait en Suisse, Là-bas on explorait : – Viens on prend cette route qui monte.” On s’est retrouvé en haut de la montagne on a pris des photos d’étoiles, elles étaient magnifiques. – Ah y’a un barrage là-bas, – Vas-y. On va voir le barrage, on fait des photos, elles sont oufs. C’est vraiment la meme exploration qu’à Paris, tu demandes ce qu’il y a derrière une porte, donc tu vas voir, et ba là c’est pareil. Ça reste de l’exploration.

On en revient à la zone de confort, j’essaye de varier mes photos et varier mon style le plus possible. Je parle en terme de photo à proprement parlé, dans mes retouches, je garde une cohérence parce que c’est ma patte, ma recette perso. J’espère qu’un jour on pourra regarder une de mes photos et se dire : “Ah ouais, ça c’est Alistair” Avoir un style c’est hyper important, il faut savoir se créer une image.

Pour en revenir à la nature, le truc c’est qu’à Paris, à part aller au bois de Vincennes ou au bois de Boulogne…. En fait tout ce qui change de Paris ça me plait. Ça montre à quel point j’en ai ras le bol, je veux dire en photo, parce qu’à vivre c’est génial. Mais Paris en photo ça me dégoute.

Tu nous racontes un de tes souvenirs de photos?

La fois où je me suis fait gauler, c’était marrant. C’était pour les Air Max Days, ils avaient installé des néons qui formaient le logo Nike dans une station fantôme à St Martin. C’était hyper stylé. L’installation était là pour 3-4 jours, j’ai envoyé un message à mon pote et on y est allé. Je voulais faire une photo avec un train qui passe, donc on y est allé pendant le trafic.

Alistair Wheeler - Air Max Days

Une fois sur le quai, on commence à faire des photos et on se fait griller d’abord par un chien de garde, c’était moyennement marrant, on est parti en courant se cacher dans les tunnels. Là, y’a un train qui passe, on a été obligé de se coller dans les niches. Quand un train passe y’a un gros appel d’air, c’est hyper bruyant, donc déjà t’es mal. Bon, on y retourne, on reprend le shoot sur le quai et là y’a un train qui passe. Donc là je suis sur un quai où y’a personne et j’ai aucun endroit où me cacher. Normalement on fait attention mais là je sais pas ce qu’il s’est passé. Ça devait être le chien qui nous avait détasbilisé. Bref, on s’allonge au milieu du quai. le train passe, forcément il nous a grillé mais il klaxonne pas, il s’arrête pas, rien. Là on se dit qu’il nous a peut-être pas vu. Tu parles ! C’était obligé qu’il nous ait grillé on était tout seul avec mon pote habillé en noir sur un quai blanc avec des néons immenses, c’était sûr qu’il nous avait cramé.

Donc le train passe, okay, on continue – on aurait dû partir – puis un deuxième train passe, toujours rien. Puis un troisième train qui arrive mais au ralenti dans la gare. Je regarde mon pote et je lui dis “Là, c’est bon, celui-là c’est le notre”. Et là t’as 5 mecs de la sûreté RATP qui sortent habillés en mode CRS, avec les protections, les matraques, les gazeuses qui commencent à nous courir dessus matraques levées. Instinct de survie, on leur montre qu’on a des appareils photos, genre je te montre que je suis en train de faire des photos m’éclates pas la gueule, stp.

On a eu beaucoup de chance, on est tombé sur des mecs sympas qui n’étaient pas au courant qu’il y avait une installation, du coup on s’est retrouvés à les prendre en photos à côté de l’installation Nike. Au final, on s’en est bien sorti, ils ont pris nos noms, nous on fait un petit rappel à la loi; c’était franchement marrant.

Que ce soit dans tes photos urbaines ou de nature, les sujets se font rares, pourquoi ?

Quand je prends en photo une rue, je vais jouer avec une silhouette pour donner une notion de grandeur, une notion d’échelle à la photo. Mais sinon j’aime bien les rues vides parce que ça force le spectateur à se confronter à la photo et à regarder un peu plus en détail la photo. Si tu te retrouves dans un espace immense complètement vide c’est plus impressionnant, surtout si c’est un lieu où t’as l’habitude de voir du monde. Si tu postes une photo de Bir-Hakeim vide alors que c’est un endroit où y’a tout le temps du monde, ça donne une autre perspective à l’endroit. Et encore une fois, on en revient à l’idée de montrer Paris sous un autre angle qui m’animait au début. Mais c’est vrai, y’a peu de sujets ou alors des silhouettes, mais ça faut pas trop le faire parce qu’après si sur toutes tes photos d’archi y’a une silhouette, tu deviens le mec à la silhouette, ça devient chiant…

Alistair Wheeler - Brooklyn bridge at night

C’est marrant, on a l’impression que tu te mets des challenges en permanence par peur d’être enfermé dans un style ?

Ba ouais carrément. Normalement je devrais faire des concerts bientôt, J’ai jamais shooté un concert de ma vie, c’est un truc qui me fascine et que je peux rajouter à mon expérience. Je fais des shooting produits, des lookbooks, si ça rentre dans mon univers, et que ça a du sens pour moi, je vais le faire. Il faut aussi garder en tête que sortir de sa zone de confort ça n’a d’intérêt que si ça a du sens pour toi. Tu vois y’a une marque de chaussettes qui m’a contacté pour que je prenne leurs produits en photo. Je leur ai dit non parce que ça n’aurait pas de sens, y’a aucune cohérence avec mon univers.

D’ailleurs, on a pu voir que tu as collaboré avec Franklin & Marshall, Blackrainbow, Canon, t’as d’autres projets à venir sur lesquels on va pouvoir te suivre ?

J’espère pouvoir continuer à bosser avec Hennessy, avec qui normalement je devrais bosser d’ici peu et puis faire des concerts, rencontrer des artistes. Vraiment je ne sais pas trop, je pense que je vais faire de plus en plus de produit, ce qui est bien, c’est cool de connaitre des gens dans le monde de l’alcool. Ça et des voyages. Je vais à Los Angeles en novembre, je pense qu’il y en aura d’autres avant mais celui qui est sûr c’est Los Angeles.

A part la photo, y’a d’autres formes d’art qui t’intéresse ?

Ça fait 12 ans que je fais de la guitare donc de la musique. J’ai fait des vidéos sur YouTube mais maintenant c’est vraiment plus une passion perso que quelque chose que je partage. En fait c’est tellement indispensable pour moi que si ça devenait contraignant je ne pourrais plus le faire. Je préfère le garder comme une passion plutôt que de le forcer et d’échouer. Et puis à mon sens ce sera plus simple de vivre de la photo que de la musique.

Alistair Wheeler - Swiss nature